« … dès potron-minet, Belin se leva lentement de sa couche, clopina vers la grande salle et retira de son cou une cordelette sur lequel pendait une clef. Le cliquetis d’une serrure bien huilé se fit alors entendre. Il était comparable à une ceinture de chasteté que l’on déverrouille fébrilement et impatiemment. Surtout si c’est une fort jolie et avenante damoiselle.
Posément, Belin releva le couvercle du coffre et contempla son contenu étincelant, fruit d’un dur labeur quotidien dans les mines.
Le temps passa doucement, sans que rien ne bouge …
Mollement, il referma le rabat du caisson et la lumière chut dans la pièce.
Un nouveau cliquetis se fit entendre.
Une oreille experte aurait pu percevoir une légère différence avec le premier. Comme si le serrurier rechignait à fermer le verrou. Pareillement à une ceinture de chasteté.
Puis, paisiblement, Belin alla vers le mur opposé de la grande salle sur lequel reposé une pioche de bonne qualité mais déjà bien élimé. Il la regarda longuement, se remémorant les découvertes fructueuses de minerais flavescent et platiné.
Il leva lentement ses bras pour la saisir, une ultime fois avant de prendre sa retraite au crépuscule.
Demain, la pioche reviendrait à son indolent et oisif fils, Brom.
Ses mains se cramponnèrent délicatement sur le bois noueux et torsadé du manche. Il hissa l’outil de son support …
Et partit à la renverse sous le poids de l’instrument, se fracassant la caboche sur l’arête de la table.
Une bonne table en granite aux angles parfaitement à l’équerre …
Ce fut le dernier jour de Belin … »

Livre I. av.1